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"J'ai réfléchi à ce que Chris aurait voulu que je dise. Le conseil qu'il m'aurait donné. Il aurait dit un truc comme : "Tu sais quoi, bébé, fait chier. Il savent déjà tout de moi. Parle-leur de quelqu'un d'autre. Alors j'ai décidé de parler d'un des héros de Chris. Un homme qui s'appelait Capitaine Joe Katanga. En 1960, à bord d'un ballon en aluminium, le capitaine Joe est monté à 32 kilomètres dans la stratosphère. Et là, équipé d'un simple parachute, il a sauté. Il a fait une chute de 4 minutes et 36 secondes atteignant 1200 km/h avant d'ouvrir son parachute à 5 kilomètres du sol. Ca n'avait jamais été fait et n'a jamais été reproduit. Il l'a fait parce qu'il le pouvait. C'est pour ça que Chris l'aimait. Parce que Chris était comme ça, il disait oui. He said yes to everything. He loved everyone. Il était le garçon le plus courageux, l'homme le plus courageux que j'aie connu. Et c'est pourquoi... il se jetait d'un ballon en aluminium tous les jours. Parce qu'il le pouvait. Parce qu'il était comme ça. Et c'est pour ça... c'est pour ça...qu'on... qu'on l'aimait."
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_______Ils roulaient vite. Trop peut-être. Ils s'échappaient comme ils pouvaient. Matthieu songea un instant à la distance de sécurité. Il tourna la tête. Les champs dans l'obscurité défilaient les uns après les autres. Au loin des lumières. A ses côtés, Dave avait le visage perdu, le regard vaguement éteint. Une main sur le volant, l'autre tenant un joint. Matthieu frissonna. Il commençait à faire froid. Cependant, il laissa la fenêtre ouverte. A vrai dire, il ignorait où ils allaient, et n'était pas sûr que Dave le sache lui non plus. Aussi préférait-il recevoir de plein fouet l'air froid s'engouffrant dans la voiture. Un de leur portable se mit à sonner. Ils continuèrent à rouler en silence.
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_______J'ai les jambes croisées l'une par dessus l'autre. Et je fais face à un gigantesque miroir. Dans une de mes mains, mon portable. Il ne m'a pas répondu. Où peut-il donc être ? J'ai pourtant plus peur pour elle. Mais je ne peux me résoudre à l'appeler. En fait, c'est d'ailleurs mieux qu'il n'ait pas répondu. Je me sens incapable de parler. Mes lèvres sont jointes de telle sorte que rien ne puisse les séparer. Je fais vraiment peur à voir. Mon visage est inexpressif. Je le trouve pourtant beau. C'était quand même dur de ne pas avoir de nouvelles.
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_______Il est beau, semble-t-elle se dire, il est beau. Beau à mourir. Elle ? Elle a les cheveux châtains, les yeux verts, et des lèvres très roses. Elle paraît venir d'ailleurs, ou alors elle vient de s'éveiller. Elle fixe de ses yeux verts le portrait d'un garçon. Elle serre le portrait contre elle. Enfin son regard se trouble et elle envoie le cadre se briser contre l'armoire. Et elle pleure, pleure et pleure encore. Sans faire de bruit. Comme pour s'excuser d'exister. Elle reste ainsi pendant de longues minutes, des vagues de pensées paraissant l'accabler. Ses paupières sont gonflées. Ses cheveux décoiffés. Que va-t-il se passer maintenant ?
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_______Dave arrêta la voiture. Il s'en voulait de se comporter ainsi et de le faire subir à Matthieu. Il ouvrit la portière, sortit et alluma une cigarette. On lui avait toujours dit que ça ne lui allait pas. Il était blond, aux yeux bleus, et son visage était plus angélique que démoniaque. Seulement il s'en foutait. Il était jeune. Il arrêtera bien plus tard. Enfin, il n'était plus très sûr de lui. Il regarda autour de lui et essaya de faire le vide dans son esprit. Ils étaient au bord d'un marais. Les ombres d'aigrettes se réfléchissaient dans l'eau trouble grâce au clair de lune. Il se retourna et vit que Matthieu n'avait pas bougé. Il essaya de décrisper ses lèvres et lui sourit. Peut-être pour qu'il ne s'inquiète pas, il ne savait.
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_______Violette Dubois sortit du palace St Clément en sautillant, faisant valser sa robe à fleurs. Le jeune homme, très distingué, qui la raccompagnait était en costume – cravate.
- Ce fut une soirée fort plaisante, dit-elle.
- De toute évidence, lui répondit-il.
Ils croisèrent des jeunes, plutôt soûls, qui la sifflèrent.
- N'ont-ils que cela à faire ? Ce sont des paons vaniteux qui sombrent dans la délinquance. On les retrouve ensuite soit en prison, soit dépressifs, soit chômeurs ! s'écria-t-elle.
Le jeune garçon prit le parti de sourire.
- Violette, tu es si prévisible. Toujours la même, à l'identique !
- Dois-je prendre ta remarque pour un compliment ? questionna-t-elle.
- Tu le peux : tu es toujours ravissante.
Elle détourna la tête, ravie. Elle avançait d'un pas vif, et ils furent bientôt arrivés à son immeuble. Elle l'avait hérité de ses parents, morts dans un accident de voiture.
- Souhaites-tu rentrer ? demanda-t-elle à son compagnon.
- Si tu m'y invites, pourquoi pas ! lui répondit-il.
C'était un immeuble neuf en apparence, mais en entrant, on pouvait y voir des tapisseries, des tableaux ou des tapis qui semblaient sortir d'une époque lointaine. Un valet s'avança, et s'adressa aux jeunes gens.
- Je vous souhaite bien le bonsoir. Désirez-vous quelque chose ?
- Je vous remercie Charles, mais nous allons monter au second.
- Bien, mademoiselle. J'aimerais également vous rappeler que...
- Plus tard, Charles, plus tard, je vous prie.
- Bien mademoiselle, se résigna le majordome.
Il servait la famille Dubois depuis longtemps, mais depuis qu'il n'y avait plus que Violette dans l'immeuble, sa tâche lui semblait plus ardue.
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_______Matthieu était quelqu'un de tranquille, plutôt taciturne. Il avait des cheveux noirs et de très beaux yeux sombres. Il parlait peu. Il laissait en règle générale ce rôle à Dave. Par contre, il écrivait beaucoup. Plutôt du fantastique. Ca l'amusait de penser qu'il pourrait contrôler certains événements. En décider la finalité. Pourtant, ce soir, Matthieu n'était pas bien. Où Dave l'avait-il emmené ?
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_______Loin d'ici. Loin d'ici. Je voudrais être loin d'ici, très loin d'ici. Et ce salaud au sourire d'or qui ne m'a pas répondu. Déverrouillage du clavier. Si je reste appuyé sur le 1, j'ai tout de suite son numéro. J'entends un clic : quelqu'un est à l'autre bout du téléphone. Pourtant, personne ne parle. Elle ne parlera pas... Je l'aime, pourtant. Je voudrais lui dire, mais je n'y arrive pas. On écoute le silence de l'autre. Nous savons que nous sommes là. Cela dure bien une demi-heure. Cependant maintenant la communication se coupe. Je ne dois plus avoir de forfait. Comment allait-elle faire demain ? Je ne sais pas, je ne sais rien.
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_______Elle essaie un habit. Puis un autre. Et s'effondre de nouveau finalement. Elle a l'air si fragile ! Et en même temps si fière. Un son sourd retentit dans la maison, suivi d'un bruit de pas progressant le long d'un escalier. Elle s'arrache alors rapidement du sol, et silencieusement, sort par la fenêtre. Elle se retrouve dehors, un peu perdue. Il s'est de plus mis à pleuvoir. De fines gouttes qui s'abattent sur son visage et dans ses cheveux clairs. Avec les nuages la nuit est devenue sombre. Elle est même tout à fait noire. Sans paraître s'en rendre compte, la jeune fille est sortie de la ville et s'est assise sur un talus d'herbe. Elle écoute la pluie tomber. Elle s'allonge, trempée, et son visage exprime le bien-être. Son corps se meut dans l'herbe, elle respire fort. Peu à peu la pluie cesse. Les grillons sortent de leurs cachettes et se mettent à chanter. La jeune fille est apaisée.
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_______Violette avait regardé la pluie tomber sur les carreaux. C'était une étrange nuit. Puis elle était retournée s'asseoir aux côtés de Jean-Pierre. Elle lui sourit ; il lui plaisait. Elle savait que Charles avait essayé de lui rappeler qu'elle aurait une journée plutôt longue le lendemain. Quel rabat-joie ! Elle préférait être dans les bras de Jean-Pierre. Pourquoi devrait-elle s'en priver ? Elle approcha son visage de celui de son ami, puis posa ses lèvres sur les siennes.
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_______Matthieu et Dave étaient de nouveau tous les deux dans la voiture. Le pare-brise était parsemé de gouttes d'eau. Le marais apparaissait plus menaçant et moins accueillant, autant que puisse l'être un marais du moins. Matthieu était perturbé. Quiconque qui le regardait pouvait s'en apercevoir. Dave ne savait pas comment réagir. Ils étaient pourtant amis depuis qu'ils étaient nés. Très souvent fourrés ensemble. Même lorsque lui était avec Leila. Ou plutôt non ; lorsqu'il était avec Leila, Matthieu rejoignait souvent Peter. Les yeux de Dave se firent plus froids. Peut-être qu'il ne savait pas comment réagir face à son ami car lui-même n'était pas bien.
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_______Le moteur de la voiture se mit à ronronner et sortit Matthieu de sa torpeur. Il vit que Dave avait redémarré et entamait une marche arrière. Ils rentraient. Lui pensait en ce moment-même à Mathilde. Il essayait de se l'imaginer. Il ouvrait au maximum son esprit pour voir s'il pouvait l'appeler. Communiquer avec elle. C'était hélas impossible, il le savait bien. Il essaya alors de faire la même chose avec Peter, fixa une image de son ami dans sa tête, et se concentra. Il fallait qu'il y arrive. Plus fort, se disait-il. Plus fort ! Peter ! De désespoir, Matthieu se mit à pleurer. Il sentit que Dave avait pris sa main et qu'il la serrait très fort. Il le regarda droit dans les yeux. Ils arrivaient à lire l'un dans l'autre comme dans un livre ouvert. Peu après, ils s'arrêtèrent devant le portail d'une maison. Ils étaient revenus. Le soleil levant tentait péniblement d'accrocher aux arbres ses maigres rayons. Finalement, ils n'avaient pas dormi. Dans moins d'une heure, ils devront s'y rendre.
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_______J'enfile mon pantalon. Est-ce qu'il aimera ? Enfin, qu'importe. Je n'ai que quelques rues à traverser. Je sors sans que ma mère ne m'entende. Le soleil est déjà levé. Alors je me mets à courir, courir ! Je saute par-dessus les flaques d'eau, j'entends dans ma tête la chanson Volare. Et je cours. Volare, oh, oh. Cantare, oh, oh, oh, oh. Nel blù, dipinto di blù. Felice di stare lassù. Une voiture me klaxonne. Je n'en ai rien à foutre. « On ne klaxonne pas en agglomération sauf en cas de danger immédiat monsieur ! » je crie. « Je ne suis quand même pas un danger immédiat, n'est-ce pas ? ». Et je poursuis mon envolée au milieu de la rue. Volare... A chacune de nos fêtes, Peter met cette chanson.
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_______Violette était au centre de tous les regards. Elle volait d'une personne à une autre, saluant tel ou tel monsieur, honorant de sa présence telle ou telle dame. Elle avait seulement vingt ans, et pourtant se comportait déjà comme une adulte sûr d'elle. Du moins elle essayait d'en donner l'impression. Elle se trouvait partout à la fois, tout en étant nulle part. C'était comme un jeu : il lui suffisait de savoir sur quelles touches appuyer.
- Violette, ma chérie, je... commença une vieille dame en s'approchant d'elle.
- Susanne, c'est vraiment gentil à vous d'être venue, mais je n'avais pas d'inquiétude, je savais que vous seriez là.
- Enfin, c'est naturel, ma chérie, mais je voulais te...
Violette était déjà partie. Elle adressa un signe de main à Jean-Pierre, qui était appuyé contre un arbre. Elle songea délicieusement à la nuit qu'ils avaient passée. Elle regrettait d'avoir dû l'emmener ici. Il n'était pas à sa place. Elle non plus d'ailleurs. Elle aimait son frère, mais ne lui avait jamais tellement parlé. Sérieusement, voulait-elle dire. A la mort de leurs parents, un fossé s'était créé entre eux. Tout doucement, sans faire de mal. Mais il était néanmoins présent, et son frère avait quitté l'immeuble familial il y a déjà quatre ans... Il avait alors quatorze ans. Elle ne s'était pas souciée de lui, de comment il allait pouvoir vivre. Elle n'avait pas pu, elle avait une vie à vivre. Elle organisait des soirées, et avait des amis parmi les plus respectables qu'elle voyait régulièrement. Elle cherchait à atteindre sa quête de la perfection. C'était difficile. Elle en souffrait. Pourtant peu à peu elle atteignait son objectif. Elle était estimée de tous. Ce n'était pourtant pas une raison pour se comporter comme elle le faisait.
_______Elle s'approcha alors du seul endroit où elle n'était pas encore passée. Le seul endroit où personne ne restait à vrai dire. Excepté quatre jeunes. Deux filles et deux garçons. Le blondinet tenait la main de la jeune fille en pantalon. Violette eut un haussement de sourcil en voyant ce pantalon, et se réjouit de sa jupe. Un autre garçon, assez ténébreux, à son goût, mais trop juvénile, serrait contre lui une fille les cheveux mi-longs, de couleur châtains. Elle avait de beaux cheveux. Violette les lui envia. Ils étaient tous quatre immobiles. Ils la troublaient beaucoup. Qui étaient-ils ? Ses amis ? Son visage souriant atteint son esprit telle une flèche mortelle, et s'engouffra dans sa tête dans les moindres recoins. Elle tenta de lutter, de rejeter cette image. Elle avait réussi tellement de fois à la faire partir ! Mais cela lui semblait maintenant impossible. Elle essaya de retenir un sanglot, sans y parvenir. Les quatre jeunes se retournèrent alors. Leurs visages étaient pâles ; on aurait dit des fantômes. Mais celui de la jeune fille aux cheveux châtains était nettement dévasté. En s'écartant, ils laissèrent apparaître le monument en bois. Sur une plaque était écrit : « A la mémoire de Peter Dubois ».
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Prochain article... lorsque j'aurai plus d'avis :P